Dossier : Manoel Francisco dos Santos – Garrincha : « La joie du peuple »

La liste des légendaires joueurs de football Brésilien est longue comme le bras. Il faut dire que le pays de la Joga Bonita a vu passer des joueurs comme Adriano, Socrates, Zico, Kaka, Ronaldinho, Rivaldo, Roberto Carlos, Jaïr etc… Mais dans les années 50 à 60, Pelé était LA légende Auriverde. Pourtant cette époque nous a offert l’un des plus grand joueur de tous les temps : Manoel Francisco Dos Santos dit « Garrincha ». Enfant aux malformations physiques congénitales, il était doté d’un tempérament ne le prédestinant pas au football de haut niveau. Une fois sur la pelouse Garrincha n’est plus le même homme et fait preuve d’une agilité incroyable, et réussira à écrire sa légende. Au point d’être encore aujourd’hui considéré comme le plus grand dribbleur de tous les temps. Cette trajectoire ainsi que sa joie de vivre cache pourtant une part d’ombre, qui amènera un destin funeste et une fin de vie tragique. Retour sur l’« Alegria do Povo » : La joie du peuple.

Manoel est né le 28 octobre 1933 à Magé, village situé à une cinquantaine de kilomètres de Rio de Janeiro. Issu d’une famille pauvre d’origine Amérindienne et d’un père alcoolique, il est le cinquième enfant de la famille. Il naquit avec une colonne vertébrale déformée et des jambes anormalement arquées. C’est durant son enfance que Manoel obtint le surnom qui fit sa légende : « Garrincha ». Donné par sa sœur, le Garrincha est un petit oiseau local qui préfère se laisser mourir que d’être attrapé. Ce surnom colle parfaitement au carioca. Ses malformations physique le font, malgré lui, se déplacer bizarrement, et lui procurent une vivacité étonnante.

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Garrincha sous les couleurs du Brésil.

Mais cette vivacité, c’est surtout sur le rectangle vert qu’il la mettra en lumière. Rappelant encore le petit oiseau. Pourtant, rien ne le prédestinait à devenir professionnel tant il était un cas d’école. Ses nombreuses particularités physiques, ne le faisait ressembler en rien au Footballeur professionnel d’époque, et il semblait difficile de l’imaginer en faire son métier. Lui aussi ne s’intéressait pas particulièrement au foot, et ne se voyait pas y faire carrière. Mais son talent est indéniable, et ce malgré le refus des plus grands clubs locaux à cause de son physique.

Un jour, alors que Garrincha jouait sous les couleurs de l’usine de textile dans laquelle il travaillait, son futur allait changer. La présence d’Araty Viana (joueur professionnel brésilien), l’entraîne à passer un test sous le maillot de Botafogo, géant du championnat du Brésilien. A la fin d’un essai en entraînement avec les professionnels, ils sont unanimes : Garrincha doit être recruté. Étincelant sur le terrain, il a fait preuve d’une grinta et de dribbles incroyables. Nilson Santos, latéral titulaire du Brésil soutiendra ce transfert, disant qu’il était horrible de défendre sur un joueur de ce type. Le transfert, validé par l’entraîneur d’époque, se conclura contre seulement quelques dollars.

 « Il m’a fait danser. J’ai demandé qu’on l’engage et qu’on le mette dans l’équipe titulaire. Je ne voulais plus jamais jouer contre lui »

 Nilson Santos , joueur de Botafogo, et international Brésilien.

Début de l’idylle avec Botafogo, et début de la légende

En juillet 1952, Mane ( fou en portugais, ou contraction de Manoel) débute alors sous les couleurs de Botafogo, club Carioca locataire du mythique stade Maracana de Rio. Il plante un triplé pour son premier match, et met aux supplices les défenses adverses. Ses jambes arquées compliquent clairement la lecture du jeu des défenseurs, et sa fougue et ses gestes techniques de folie en font un véritable poison pour les arrières-gardes. Sur le près, il rappelle une nouvelle fois le petit oiseau, indéfendable et toujours imprévisible. Pourtant, à cette époque, Garrincha possède la jambe droite plus courte que la gauche de près de six centimètres. Sans sa technique il n’aurait jamais été professionnel.

« Vous avez déjà gagné le titre, alors s’il te plaît demande à Garrincha d’arrêter de torturer nos défenseurs. »

Tele Santana, joueur de Fluminense à Nilson Santos.

L’idylle avec Botafogo dura douze ans (1953-1965) et plus de 580 matchs pour près de 230 buts. Douze années durant lesquelles Garrincha remportera, entre autres, 3 titres de championnat Carioca (1957, 1961 et 1962) plus deux tournois de Rio, et ce, malgré la présence à Santos du Roi Pelé. Durant toute sa carrière, il refusera les appels de l’Europe malgré les sollicitations des plus grands. Passé 1965, et avec un niveau en fort déclin, Garrincha connaîtra d’autres clubs. Notamment Corinthians, Flamengo et Olaria, mais aussi sa seule expérience à l’étranger : en Colombie à l’Atlético Junior.

Son histoire avec la sélection Brésilienne contribuera beaucoup à sa légende. Avec 50 sélections (pour 12 buts), il est deux fois champion du Monde consécutivement (1958 en Suède et 1962 au Chili). Sous les couleurs du Brésil, il côtoiera les plus grands : Djalma et Nilson Santos, mais surtout la dream team de 1962 : Gilmar, Pelé, Jaïr et Zito, et consorts…

« Garrincha était largement au dessus. Il avait une jambe plus courte que l’autre, et pourtant, il était meilleur que nous tous. »

Eusebio, légende du foot Portugais

La vie de Garrincha est composée de surnom, car en plus du fou et du petit oiseau, l’un de ceux qui fit sa gloire est l’Alegria do Povo (La joie du peuple). Il faut dire qu’à une époque ou un stade comme le Maracana pouvait contenir jusqu’à plus de 200.000 debout (Hillsborough contribuera énormément à la réforme des places assises), le foot était le sport le plus populaire au Brésil, presque une religion.

Les origines populaires, les malformations, les dribbles et les titres de Garrincha procuraient énormément de joie aux spectateurs. Il était impossible de s’ennuyer en le regardant jouer. Son amour pour Botafogo et ses refus de rallier l’Europe pour son club font de lui la légende la plus appréciée du club. Lui-même n’était pas préparé à la vie d’idole, il préférait se contenter des choses simples de la vie : la famille, la danse et profiter de ses enfants. Malgré le statut de champion du monde, et l’argent qui en découlait, il continuait de vivre dans la ville qui l’a vu naître, et raliait Rio qui se situait à 50 kilomètres chaque jour, gage de simplicité et de fidélité.

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Le petit oiseau faisant tomber les adversaires.

« Je me suis senti célèbre que quand je suis arrivé à Rio, mais aussi après les championnats du monde. Je sentais que j’étais célèbre en bavardant avec mes amis, en voyant ma maison pleine de monde, en sortant pour faire des courses. J’étais toujours entrain, je revenais fatigué des entraînements, tout cela me troublait un peu et je me sentais fatigué dans la vie d’idole. Vous savez, on y peut rien. Nous devons subir cela parce que le peuple le veut, et c’est bon pour lui. Mais pour nous, vraiment, non, c’est très fatigant. »

Garrincha lors d’une interview Française, source INA

Une part d’ombre derrière la lumière

Mettant à mal tous les diagnostics médicaux, Garrincha est tout de même devenu professionnel. Il compensait ses carences par sa technique, son imprévisibilité, ses performances.

 Garrincha est un joueur, qui, s’il apparaissait aujourd’hui dans un quelconque club de Football, comme un simple inconnu, pourrait parfaitement tromper le médecin qui l’examinerait. Celui-ci, en toute-bonne fois, est sûrement inapte au football. En effet, ce grand joueur qu’est Garrincha possède des membres inférieurs très particuliers. Une jambe à une déviation longitudinale, et l’autre en a une dans le sens opposé. Il a donc une déviation bilatérale des deux membres.

Dr Nova Monteiro – Docteur officiel de Botafogo

En 1973, lors de son jubilé censé marquer la fin de sa carrière, Garrincha dispute un dernier match au Maracana sous les yeux de plus de 130.000 spectateurs. A la vue de tous, il apparaît en surpoids, marqué par les ravages de l’alcool. Bien loin du jour de ses 20 ans. On crut voir un joueur retraité depuis bien longtemps. Derrière le footballeur de talent surnommé La joie du peuple, l’auriverde menait une vie de débauche, même durant sa carrière.

Aimant les plaisirs interdits, Garrincha buvait énormément, il lui arrivait de venir saoul à l’entraînement. Il aurait eu près de quatorze enfants illégitimes, avec plusieurs femmes différentes.

Une fin de vie tragique

La vue d’un Garrincha mal en point lors de son jubilé ne semblait pas aussi dramatique que la fin de vie qui l’attendait. Pris des mêmes démons que son père, il tuait sa santé. Et paradoxalement, pour un joueur qui refusait la célébrité, il sombra définitivement lorsqu’il retomba dans l’anonymat une fois sa carrière terminée. Il fut aperçu décimé, sur un char lors du Carnaval de Rio laissant présager le pire pour ses fans. Lui qui provoqua la joie de tout un peuple, en héros champion du monde, il développa une forme de dramaturgie autour de sa vie.

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Le monstre physique, la joie du peuple.

Sur la fin, Garrincha était ruiné, dépensant tout l’argent gagné durant sa carrière de joueur. La somme récoltée durant son jubilé, lui permettra d’éponger en partie ses dettes, le reste étant réparti entre ses huit enfants légitimes. En 1977, sa dernière femme, Elsa Soares, le quitte définitivement. L’enfermant dans une dépression qui durera plusieurs années, et sombrant définitivement dans l’alcool.

Il tentera plusieurs fois de se suicider entre 1979 et 1983. Ayant consulté plusieurs psychologues, mais jamais aidé à temps, il finira seul, alcoolique et en surpoids. Son lieu de mort est une maison prêtée par l’état pour service rendu, dernier remerciement pour avoir exposé le Brésil au niveau international avec ses deux coupes du monde remportées. Il décédera le 20 Janvier 1983, à l’âge de 49 ans, des suites d’une cirrhose, ingurgitant de l’alcool pendant plus de quatre jours consécutifs. Seul.

«  Il transforma la physionomie jusqu’alors si angoissée du football Brésilien, soulageant la migraine tenace des supporters. Il s’agit d’un seul coup. Et d’un seul coup, la joie gagna les stades de Rio. »

Araujo Netto, journaliste Anglais spécialisé en Foot Brésilien.

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Les deux légendes Brésiliennes ensemble.

Un enterrement historique devant Rio tout entier

O Enjo de penas tortas  (l’ange aux jambes arquées), encore l’un de ses nombreux surnoms, aura quitté notre monde à cause de sa vie de débauche. Et sa mort, malgré les années passées depuis sa fin de carrière, entraînera une vague de peine, et des pluies de sanglots parmi le peuple Brésilien. Sa dépouille sera exposée au Maracana, temple de ses plus grands exploits, pour permettre aux fans de ce recueillir une dernière fois devant l’homme qui leur aura offert leurs plus grandes émotions.

Le 21 Janvier 1983, son corps est ramené à Pau Grande, ville ou Garrincha aura vécu le plus long de sa vie, à bord d’un camion de pompier. Ce même type de véhicule qu’en 1958, ou à son âge d’or, il avait traversé Rio pour fêter son titre de champion du monde avec ses coéquipiers et le peuple Brésilien. Rappelant les plus grandes heures du petit oiseau.

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Estadio Nacional Mane Garrincha, Brazilia

La cinquantaine de kilomètres qui sépare le Maracana de Pau Grande semble durer une éternité pour les conducteurs du camion. Il fallu plus de deux heures tant la foule était en masse, et bloquait le passage du camion. L’église de Pau Grande pouvait initialement accueillir 500 personne, mais n’était pas prête pour les trois mille personnes qui étaient à l’intérieur. Sans compter ceux devant l’église. La cérémonie pouvant facilement dégénérer à tout moment, le prêtre devra se contenter d’une simple bénédiction pour éviter l’invasion.

Au cimetière, ils seront plus de 8.000 pour pleurer leur idole. Celui qui les aura fait pleurer de joie, les fait maintenant pleurer de tristesse. Parmi les personnalités célèbres qu’aura côtoyé Garrincha durant sa carrière, peu d’entre elles sont présentes : Nilson Santos était la ainsi que d’autres. L’absent le plus prestigieux est sans doute Pelé, coéquipier en Seleçao, et adversaire à Santos. Ils étaient des milliers à pleurer Garrincha, parti trop tôt, trop jeune.

La banderole d’hommage la plus marquante est sûrement celle-ci : « Garrincha, tu as fait sourire le monde. Aujourd’hui, tu le fais pleurer » d’un supporter et marque avec la solitude qui l’aura tué deux jours plus tôt.

« On s’entendait bien pendant les entraînements, c’est tout. Quand il est mort, on ma cassé les pieds parce que je n’étais pas allé à son enterrement. Je n’y suis pas allé car je n’aime pas les enterrements, et que je n’étais pas assez lié à Garrincha.»

Pelé sur son absence à l’enterrement de Garrincha, preuve du froid présent entre les deux joueurs.

L’Alegria do Povo aura finalement fait souffrir son peuple. Sa tragique morte, vient ternir la toile de sa formidable carrière et son talent inné. Dépassant Ronaldinho dans l’histoire des dribbleurs alors que rien ne le destinait à devenir professionnel, Garrincha sera nommé aux 100 plus grands joueurs de tous les temps par la FIFA en 1998. Le football dépasse largement le cadre du rectangle vert, et son histoire exceptionnelle, ce doit d’être racontée aux futures générations. Je n’ai personnellement vu jouer Garrincha que sur des vidéos d’archives, mais il est une légende de notre sport. Un stade de Brazilia porte aujourd’hui son nom. Inauguré pour la coupe du monde 2014, il permet à la légende de perdurer.

« Garrincha, tu as fait sourire le monde. Aujourd’hui tu l’as fait pleurer.« 

Par Marco MAGNANI,

Le 19/12/2019

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Teaser Garrincha: La joie du peuple.

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