Dossier : Les joueurs pro, leurs contrats de travail et le chômage.

Temps de lecture estimé: 9 minutes

Le monde du foot a connu d’énormes chambardements ces dernières années. La création d’une bulle inflationnaire, et les millions d’euros qui coulent à flots, sont dus aux guerres d’intérêts et enjeux politiques liés à la visibilité médiatique du Foot. Pour les jeunes joueurs acharnés de travail qui arrivent à passer professionnel, ils pourront vivre très aisément de leur passion, et parfois gagner plusieurs millions d’euros par an. Leurs carrières ne durant que quelques années, une bonne gestion financière est nécessaire. Ils auront facilement de quoi finir leurs vies. Pourtant, on en oublierait presque qu’eux aussi peuvent rencontrer une période d’inactivité et faire face à la rudesse du chômage. Oui, les cadres de Ligue 1 les mieux rémunérés ne risquent rien, mais pour les joueurs de divisions inférieures ou les salaires sont très loin des standards de l’élite, le chômage et la recherche d’un nouveau club peut devenir crucial. Mais quelles sont les conditions d’accès au chômage en France ? Quelle est la nature du contrat de travail de nos joueurs préférés ? Ont-ils le droit de percevoir des indemnités chômage, et si oui quel en est le montant ?

Résumé du match US Orléans-UNFP FC du 01 juillet 2017 - YouTube
L’équipe de l’UNFP FC (joueurs libres) en 2017

Le chômage en France et ses conditions d’accès.

En France, le cadre légal définit le chômeur comme, une personne privée de plus de 15 ans, devant faire face à une absence de travail (d’emploi). Une frontière étroite existe entre une personne au chômage et une personne inactive (n’ayant pas encore débuté dans la vie active).

Pour bénéficier de l‘indemnisation chômage (et donc être considéré comme chômeur), il faut, sur les dernières années, avoir rempli un ensemble de critères fixés par l’état (source UNEDIC), en voici le détail :

  • Être âgé de 15 ans ou plus, vivre en France métropolitaine, et être apte au travail.
  • Avoir été salarié au moins six mois (130 jours ou 910 heures), au cours des 24 derniers mois. Ce critère peut être rempli avec différents employeurs.
  • Avoir perdu involontairement son dernier emploi (licenciement tous motifs confondus, fin de contrat d’Interim ou CDD) ou que le dernier emploi en CDI soit rompu via le mode de rupture conventionnelle (d’un commun accord avec l’employeur).
  • S’inscrire à Pôle Emploi dans les douze mois suivant la perte d’emploi, et faire preuve d’une recherche active (formations, entretiens d’embauche, rendez-vous avec conseiller).
  • Ne pas avoir atteint l’âge légal de la retraite, ou avoir suffisamment de trimestres cotisés pour bénéficier d’une retraite à taux plein, et ne bénéficier d’aucune retraite anticipée.

Une fois tous ces critères remplis, la personne devient donc considérée comme au chômage, et pourra bénéficier de l’Aide au Retour à l’Emploi (ARE). Selon les chiffres du dernier trimestre 2019, le taux de chômage est estimé à 8,1 % de la population active ayant déjà travaillée.

File d’attente Pole emploi en 2011, une des années record en terme de chômeurs.

L’indemnisation du chômage en France prend en compte tous les salaires cotisés (soumis aux contributions patronales dont l’assurance-chômage) sur les 12 derniers mois précédant la perte d’emploi, elle y inclut les diverses primes, mais ne tient pas compte des indemnités de licenciement (ou fin de contrat), ni des indemnités de congés payés. Le chômeur est rémunéré par un Salaire Journalier (SJ), basé sur son Salaire Journalier de Référence (SJR).

La méthode de calcul du SJ est la suivante : SJ = 40,4 % du SJR + 12 €

OU

Calcul du SJ pour les revenus dépassant les 2 200 € = 57 % du SJR

L’allocation d’Aide au Retour à l’Emploi (ARE) est tout de même encadrée par un plancher (SJ 29,26 €), et un plafond (qui ne peut excéder 75 % du SJR). L’allocation mensuelle maximale est de 6 615 €, qui en fait l’un des plus gros plafonds de l’Union européenne.

Méthode de calcul de l’ARE selon le niveau de salaire

Source UNEDIC, selon les montants indicatifs du 26 Juillet 2019.

Les footballeurs et l’emploi

Tout au long de sa carrière, que ce soit en Contrat Jeune Aspirant à ses débuts au centre de formation, ou bien en ayant décroché le précieux sésame de Contrat Professionnel, le joueur reste salarié de son club. Cependant, du fait de la particularité de son métier (retraite n’excédant rarement les 35 ans, temps de travail difficilement jaugeable, les risques d’inactivités liées aux blessures), le plus souvent, le type de contrat qu’ils signent sont des Contrat à Durée Déterminée d’Usage (CDDU).

Comme tout autre salarié, ils sont placés sous l’autorité d’un employeur (le club), exécutent un travail défini par le contrat, en échange d’une rémunération (comprenant souvent diverses primes) elle aussi déterminée au contrat. Ledit contrat tient lieu d’obligation pour les deux parties, et ne peut être interrompu de manière abusive.

Les particularités du Contrat à Durée Déterminée d’Usage (CDDU) :

  • Certains secteurs d’activités (définis par décret) ne permettent pas l’accès au CDI du fait de la nature spéciale ou temporaire de leur activité. Le CDDU devient donc en alternative au CDI.
  • Doit être établi par écrit et comporter obligatoirement la raison spéciale de son motif, auquel cas le contrat devient un CDI.
  • Doit être établi dans le temps, et, ainsi, y faire figurer un terme précis dès l’établissement du contrat.
  • Une succession de CDDU peut être réalisée, et ce, sans délais de carence. Sa durée n’est pas limitée pour les accords de branche étendue.
  • Le versement d’une indemnité de fin de contrat (10 % dans le cas des CDD ou Interim) n’est pas obligatoire dans le cadre du CDDU.
  • Le salarié ne dispose pas, et ne cumule pas de jours de congés tout au long de la réalisation du contrat. Cependant, il est possible qu’une compensation financière soit versée à la fin du dit contrat.

Est considéré comme professionnel, le joueur qui a signé un Contrat Professionnel, évoluant au moins en Ligue 2. Le championnat National étant en fait semi-professionnel (présence de contrats pros et amateurs). Le temps de travail du joueur pro est difficilement définissable, car extrêmement variable, il faut compter un à plusieurs entraînements au cours de la semaine, le temps de déplacement (nuit d’hôtel pour match à l’extérieur), les matchs et les éventuelles mises au vert. Concernant les congés payés, les footballeurs ont au moins la chance, malgré un calendrier surchargé de bénéficier d’une trêve hivernale (pas en Angleterre avec le mythique Boxing Day), et d’une inter-saison estivale.

« Il y a des joueurs de Ligue 1 qui pointent à Pôle emploi »

Sidney Broutinovski, fondateur de l’École des agents de joueurs de football en 2017 au micro de LCI.

Le calcul du nombre d’années sur un contrat pro est calqué sur les saisons sportives (du 1er juillet au 30 juin de l’année suivante), même si un contrat peut intervenir à n’importe quel moment en cas d’embauche d’un joueur libre. Ou en janvier lors du transfert d’un joueur à la session mercato d’hiver. La durée du contrat est variable, mais n’excède que rarement cinq ans, car les clubs cherchent la prévoyance (blessures, suspensions, âge, perte de valeur, etc…). Plus l’âge du joueur avance, plus la chance d’obtenir un contrat longue durée diminue.

La retraite sportive est liée directement aux performances physiques du joueur (ex : contrat de 1 an pour les joueurs de 32 ans) et devient donc un critère fondamental de recrutement. Les transferts sont possibles entre clubs (je présenterais un article prochainement). Au terme du contrat, le joueur devient libre de tout engagement.

Les JOUEURS LIBRES

Une fois libre, le joueur devient donc sans employeur, et est libre de s’engager avec le club de son choix. Il pourra ainsi négocier son nouveau contrat. La période d’inactivité alors peut créer chez lui une vraie incertitude. Sa visibilité en match étant un élément prépondérant pour sa carrière : en enchaînant les matchs et en réalisant de bonnes performances, il est visible aux yeux des recruteurs.

En étant sans club, il peut tomber facilement dans l’oubli, ne pouvant montrer ses talents sur le pré. Même si, les joueurs les plus réputés restent souvent très prisés par les recruteurs. La situation se complexifie dans les cas suivants, par exemple :

  • Pour les jeunes joueurs n’ayant que très peu joué (ou pas) en professionnel.
  • Les joueurs revenant d’une longue blessure.
  • Ceux étant libre depuis longue période d’inactivité.
  • Les joueurs dont l’âge de la retraite approche à grands pas.

Le cas échéant, si le joueur ne trouve pas de nouveau club, il devient alors privé d’emploi du fait du terme de son contrat. Ayant cotisé dans les différentes caisses d’allocation comme tout salarié, et travaillé durant une période plus ou mois longue consécutivement, il peut alors s’inscrire sur la liste des demandeurs d’emploi. Il y testera son éligibilité à l‘Aide au Retour à l’Emploi (ARE) comme toute autre personne, et selon les mêmes critères accessibilité (voir première partie).

L’indemnisation des joueurs

Si les critères sont respectés, le joueur recevra alors officiellement l’ARE. Il devra prouver qu’il est en recherche active d’un nouveau club, d’un nouveau contrat (à travers des mises à l’essai, des pourparlers via son agent). Même si cela n’est pas obligatoire au niveau légal, il devra faire en sorte de maintenir une condition physique optimale, pour réussir au mieux les visites médicales et test physiques légaux liés à l’embauche d’un nouveau joueur. Un joueur en forme malgré l’inactivité est prouve sa détermination, et son envie de rebondir.

Pour ce qui est de la rémunération, ils sont soumis aux mêmes conditions que toute personne physique (sont donc comptabilisés les 12 derniers mois de salaire). Le salaire mensuel moyen en Ligue 1 (le PSG à lui seul rehausse fortement ce résultat, le salaire moyen à Paris est de 820 000 €) est estimé à 94 000 € brut mensuel selon les derniers chiffres publiés par l’Equipe. On peut rapidement en déduire qu’un joueur de Ligue 1 serait (le plus souvent pour un joueur confirmé) largement au-dessus du plafond fixé par l’ARE, qui l’indemniserait alors à hauteur de 6 615 € mensuellement.

Neymar et Mbappé, plus gros salaires du championnat de France.

Cependant, tous les joueurs de Ligue 1 ne gagnent pas de salaires astronomiques. Cela peut être le cas pour les jeunes joueurs débutant dans l’élite (certains encore sous contrat aspirant), ou pour les plus petits clubs. Le salaire moyen le plus bas se trouvant au Stade Brestois, il est estimé à 26 000 €. Laissant prédire une partie de l’effectif rémunérée en dessous du seuil fixé par l’état.

En Ligue 2, le salaire médian est de 8500 € mensuel, dans ce cas certains joueurs se retrouveraient au-dessus du plafond eux aussi, et. Pour ceux en dessous du seuil maximal, Pôle Emploi calculerait le montant de l’ARE, en fonction des barèmes habituels.

Les joueurs de National, semblent bien plus soumis aux règles ordinaires de calcul de l‘ARE du fait qu’ils évoluent au plus bas échelon professionnel Français. Avec un salaire moyen estimé à 1 500 € par mois, ils sont beaucoup plus proches des standards salariaux de la population Française.

Les répercussions économiques

Nul doute que pour les mieux rémunérés de Ligue 1 et Ligue 2, qui ont la chance de gagner très bien leur vie, l’ARE n’est qu’une goutte d’eau. Cependant, pour un joueur qui aurait mal contrôlé ses dépenses, et n’aurait pas surveillé ses comptes, se retrouvant privé d’emploi, et voyant son salaire diminuer par 10, 100, et même 1000 (pour les meilleurs joueurs), une telle différence compliquerait leur quotidien.

Pour les joueurs étant en dessous du plafond, la diminution de salaire serait moindre (mais tout de même importante) . Mais la cassure du rythme professionnel, le manque de visibilité engendrerait fortement le moral, et impacterait rapidement la condition physique de ce dernier (pour tout joueur d’ailleurs). Les clubs se montrant réticents à l’idée d’embaucher des joueurs absents du vert depuis longtemps, ils privilégieraient les mises à l’essai. Plaçant alors l’homme dans une position plus délicate lors de la négociation d’un contrat, donnant un avantage au club.

Centre d’entraînement du Stade Brestois.

Pour les joueurs de National sous contrat professionnel, le Football est la seule source de revenus. Retrouver rapidement un nouveau club devient primordial pour éviter le chômage et ses répercussions morales, et économiques. Les autres joueurs étant amateurs, ils réalisent ce sport en complément de leur emploi.

Afin de faciliter la reprise d’activité des joueurs, l’Union National des Footballeurs Professionnels (UNFP) syndique, et organise chaque fin de saison un match amical entre une équipe de joueurs libres et un club professionnel. Afin de permettre aux joueurs de gagner en visibilité et maintenir un rythme professionnel. Cette même UNFP dispose d’un onglet sur son site présentant les joueurs libres (professionnels et fédéraux), par poste. A l’aide d’une fiche de présentation retraçant le parcours de la personne, permettant ainsi de rester visible aux yeux des recruteurs, et peut être, obtenir un nouveau contrat auprès d’un nouveau club.

La page des joueurs libre sur le site de l’UNFP.

Pour conclure, les joueurs qui ont la chance de réaliser leur rêve et devenir professionnels, pourront aisément gagner leurs vies. Vu qu’une carrière est courte, ils devront faire preuve de prudence et gérer leur budget avec parcimonie. Car, si le foot jouit d’une image de nouveau riche, ou l’argent coule à flots et que les joueurs gagnent des millions, il est important de ce rappeler que ce n’est pas le cas de tous les joueurs. Ils sont des hommes comme nous. Ils subissent, eux aussi, la rudesse du chômage de plein fouet: ses diminutions parfois drastiques d’émoluments, les longues périodes d’inactivité, et le stress psychologique causé par la recherche d’un nouvel employeur. Ce constat est d’autant plus marquant pour les joueurs de plus basses divisions, ou le foot reste la seule source de revenus.

Par Marco MAGNANI,

Le 10/04/2020

Je vous remercie d’avoir pris le temps de lire mon article.

Si vous avez apprécié mon travail, n’hésitez pas à le partager sur vos réseaux sociaux.

Abonnez-vous à la newsletter pour ne manquer aucune nouvelle publication !

Vous pouvez soutenir le projet gratuitement via uTip. Il vous suffit de regarder quelques vidéos par jour, afin que je perçoives quelques centimes. En soit ce n’est pas beaucoup mais pour moi c’est déjà énorme. Merci de votre lecture et à bientôt.

Me soutenir sur uTip en cliquant ici.

Pour aller plus :

  1. Le contrat à durée déterminée d’usage (CDDU) – Travail Emploi Gouv
  2. Les spécificités du contrat du footballeur – Coin du Salarié
  3. Durée, montant, plafond… : tout sur l’indemnisation des chômeurs en France – LeFigaro
  4. La page du site de l’UNFP

Un commentaire sur “Dossier : Les joueurs pro, leurs contrats de travail et le chômage.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s