Dossier : La TPO – Son histoire et ses enjeux.

Le foot se démocratisant au niveau économique dans les années 60, les clubs et (surtout) les agents ont fait preuve de ruse et d’innovation pour mettre en place de nouveaux mécanismes de transfert. C’est le cas de la Tierce priopriété ou Third-party ownership en Anglais (TPO). A travers ce mécanisme, conçu en partie par Juan Figer le pionnier des super-agents, de nombreux clubs ont pu renforcer leur effectif à moindre coût. Mais ce jeu d’échange bénéficiait surtout aux intermédiaires. En 2015, le FIFA décide d’interdire cette pratique la jugeant illégale, mais cette interdiction n’a toujours pas éradiqué totalement la pratique. Nous allons voir à travers cet article qu’est-ce que la TPO, ses avantages et inconvénients, son impact sur les joueurs, et les raisons de son interdiction.

C’est quoi la TPO ?

Nous devons la Tierce Propriété au tout premier super-agent Juan Figer Svirski (voir vidéo de Romain Molina sur le sujet). Exerçant des années 60 jusqu’à maintenant – son fils ayant repris le flambeau, notamment en Amérique du Sud, l’Uruguayen est un pionnier dans le rôle d’agent. Servant d’intermédiaire entre clubs et joueurs, représentant l’intérêt des équipes, des entraîneurs, des joueurs… Figer est un homme aux multiples casquettes. Il est le tout premier super-agent: celui qui créer le marché et les opportunités. Il ne se contente pas seulement de représenter des personnes, il contrôle les clubs pouvant ainsi servir ses intérêts en comblant les besoins. Au long de sa carrière, et par ses multiples innovations, nous lui devons deux mécanismes de transfert : la tierce propriété (présentée ici), et la triangulation (que nous présenterons dans le futur).

La TPO consiste pour un club, à céder une partie des droits économiques d’un joueur à une – ou diverses – tierce personne (agent, fond d’investissement, agences de représentation…). Cette pratique permet aux clubs de débourser moins d’argent en achat de joueurs ou salaires, en échange d’une partie de l’indemnité de transfert lors de la vente de ce dernier.

Cas concret : Lors du rachat d’Icardi par le PSG (partie A), une ou plusieurs tierces-personnes pourraient participer au financement du transfert. Imaginons qu’un fond d’investissement (partie B) s’acquitte de 20 % de la somme, et un agent (partie C) s’acquitte de 10 %, pour une option d’achat estimée à 65 millions, alors les indemnités de transfert seront:
Partie A : 45,5 millions € pour 70 % des droits du joueur.
Partie B : 13 millions € pour 20 % des droits.
Partie C : 6,5 millions € pour 10 % des droits.
Lors de la revente du joueur, chaque partie récupérera le pourcentage correspond à la somme investie, et donc à la détention des droits.

Cette méthode aura trouvé son public en Amérique du Sud (Brésil, Uruguay, Argentine, etc…) du fait de la présence des secteurs historiques de Juan Figer, mais aussi dans plusieurs clubs européens. Au Portugal, la TPO était monnaie courante. En 2004 lors de son sacre en Ligue des Champions, une grande partie de l’équipe de Porto était financée à l’aide de la TPO. Son arrêt aura obligé les clubs à se ré-inventer.

« L’interdiction de la TPO a bouleversé l’économie du foot portugais »

Nicolas Villas, journalis et écrivain foot, pour eco-foot. Lien en bas de page.

En 2015 la FIFA décide d’interdire définitivement l’usage de la tierce propriété, bien que certains clubs de son berceau, l’Amérique du Sud, continuent son utilisation. Une affaire aura aussi éclaté en 2018 entre Doyen Sport, le club de Seraing, et la FIFA.

Les avantages de la TPO.

Pour parler des avantages de ce mécanisme, il est important de décomposer en deux catégories : les avantages pour le club, et les avantages pour la tierce personne. Si nous ne détaillons pas pour le cas du joueur, c’est parce qu’il est plus particulier, et que nous verrons cela plus bas dans l’article.

Pour le club :

Pour l’équipe, elle permet surtout de réduire les montants de transferts (voir le salaire) en cédant une partie des droits. Par ce biais, les clubs à petit budget pourront espérer attirer des joueurs hors d’atteinte en l’absence de TPO, et donc aller conquérir de nouveaux objectifs. Elle permet aussi de réduire l’impact financier en cas de dévaluation du joueur, et repartir les pertes économiques entre les parties. La TPO était très répandue au Portugal – nombre d’autres championnats – permettant de rester compétitif malgré des droits TV bien plus bas que dans les grands championnats européens.

Pour la tierce-personne :

Pour l’investisseur, elle est un moyen de prendre part à l’exposition du football, et profiter des sommes circulantes dans ce-dernier. En prenant tout ou partie des droits d’un joueur, le tiers obtient un jackpot si un bénéfice est réalisé lors de la vente du jouer. Dans les championnats sud-américains véritables pépinières scrutées par les plus grands clubs européens (de par la qualité des joueurs et les prix plus bas qu’en Europe), la TPO était très utilisée à des fins économiques. Une fois arrivé en Europe, le joueur voit sa valeur exploser de 10, 20 voir 100 en cas de bonnes performances. Une véritable aubaine pour les tiers.

Mais en plus de l’intérêt économique, et surtout pour les agents, la détention d’une part des droits du joueur devient un atout lors de négociations avec des clubs. En prenant part aux négociations, l’agent devient quelque peu décisionnaire dans le choix du futur club du joueur, et exerce une influence dans la carrière de celui-ci. Permettant alors de devenir un créateur de marché comme le veut le super agent, et non pas un attentiste d’opportunités.

Mauvaises intentions et intérêts financiers, le foot terrain de jeu des puissants.

Les inconvénients de la TPO.

La encore, il est nécessaire de dissocier les inconvénients de la même manière que pour les avantages : en deux parties.

pour le club :

En cédant une partie des droits de son joueur, le club doit partager son pouvoir de décision entre les différents acteurs, et n’est donc plus seul décisionnaire. Cette perte de pouvoir peut entraîner des luttes d’influences entre les acteurs aux intérêts divergents. En plaçant son joueur dans un club (d‘autant plus quand des droits économiques sont détenus), l’agent cherche toujours à placer un homme de confiance en complément – ou même d’obtenir lui-même un poste – dans l’organigramme du club. L’agent ne représente plus seulement un joueur, mais un club entier, c’est la tout l’enjeu du super-agent. Et Juan Figer l’avait compris avant tout le monde.

Deuxièmement, le club même s’il peut renforcer son équipe à moindres coûts ne perçoit plus l’intégralité des revenus de transferts vu qu’il doit en céder la partie correspondante au pourcentage du tiers. Il est tout de même possible pour le club de racheter l’intégralité des droits de son joueur, mais le détenteur peut se montrer difficile en négociation.

POUR La tierce-Personne :

Pour le tiers, la TPO ne présente pas non plus que des avantages. En investissement ses propres capitaux dans le joueur, il est soumis aux risques du marché. En cas de prise de valeur du joueur, le tiers obtiendra une partie des bénéfices. Mais le cas contraire, si le joueur voit sa valeur chuter, les pertes financières sont elles aussi réparties entre les différents possesseurs. C’est pour cela que la TPO est souvent pratiquée sur des joueurs à plus faible valeur, dont les chances de bénéfices sont les plus grandes à l’avenir. Parfois même dès le centre de formation.

Pour les agents en particulier, cette influence obtenue grâce à la détention de droits de joueurs est à double tranchant. Représentant plusieurs personnes, et voyant ses capitaux propres mis en jeu, il aura peut-être tendance à privilégier la gestion des joueurs dont il est le tierce-propriétaire. Au détriment des autres, qui lui apportent habituellement ses primes de signature, ses commissions d’agents… Une trop forte chute de son carnet de représentation est dangereuse.

Le FC Porto lors de sa victoire en Ligue des Champions 2004, maître en TPO.

Le cas (très) particulier du joueur.

Le joueur est dans tous les cas de figure salarié d’un club. Un agent (voir un avocat) peut légalement le représenter lors de négociations de contrat, ou de transfert par exemple. Cependant, les formes de représentation sont diverses : de la simple représentation mandatée, au véritable manager de carrière qui gère le quotidien du joueur. Lors de négociations, le nombre de parties est au plus simple de trois (joueur, directeur sportif des clubs respectifs par exemple) mais peut très rapidement monter en fonction du nombre de représentants ou autres intermédiaires.

Normalement, le club est en possession des droits économiques du joueur, mais en en cédant une partie, le nombre de possesseurs augmente forcément. Le joueur se retrouve alors encerclé par ses représentants, mais aussi ceux qui possèdent ses droits (qui peut être son représentant d’ailleurs), se battant tous pour leurs intérêts, au détriment de ceux du joueur. Le joueur devient une victime sous influence diverses, pouvant dégrader sa carrière car il n’est alors plus le seul maître de son destin.

Mais l’investissement dans les joueurs est (parfois) comparé à de l’esclavagisme moderne, et est la porte ouverte à toutes les dérives. Les tiers pourraient être tentés d’investir massivement, sur de nombreux joueurs – certains encore en centre de formation – pour obtenir des profits toujours plus conséquents. Les joueurs faisant face à des pressions, des luttes d’influence, des pertes de marge de manœuvre. Pour réussir à devenir professionnel et maintenir son niveau en carrière, il est important d’avoir un cadre de vie le plus sain et professionnel possible, mais la TPO et les représentants ne font pas toujours bon ménage avec cette philosophie. Surtout quand il s’agit de très jeunes joueurs.

Pour réduire au maximum les dérives de la Tierce Propriété, la FIFA décide en 2015 de l’interdire définitivement, la jugeant néfaste pour le monde du foot. Pour le bien des joueurs et des clubs.


La méthode du Third-Party Ownership aura permis à bon nombre de clubs de prospérer pendant des années. Mais les investisseurs aux sombres envies auront marqué la fin de cette dernière. Afin de limiter les investissements externes dans le foot (de même que le Fairplay Financier), et préserver les joueurs – devenant parfois esclave de leurs tiers – elle est désormais interdite. Cependant, certaines personnes externes continuent de la pratiquer illégalement, ne voulant pas être mis à l’écart des revenus générés. Le foot moderne est malheureusement devenu otage des luttes financières et des enjeux politiques.

Par Marco MAGNANI,
Le 18/04/2020

Aller plus loin :
1. « L’interdiction de la TPO a bouleversé l’économie du foot portugais » – Eco Foot
2. La FIFA a interdit la TPO ? Très bien, mais elle n’a rien réglé – Eurosport

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